Le sens au travail représente un questionnement majeur pour les salariés. C’est en effet l’une des clés de leur engagement et de leur motivation. Une étude récente menée par Deloitte et Viadeo tire la sonnette d’alarme.

 

Un sens bien compris

Le sens au travail revêt une grande importance pour 87% des personnes interrogées. C’est l’un des enseignements de l’étude* « sens au travail ou sens interdit » du cabinet Deloitte et du réseau Viadeo pour Wisdom Paris.

En tout, 70% des répondants considèrent le sens au travail comme un sujet collectif ou propre à l’organisation. Pour 81%, le travail est une source d’épanouissement. D’ailleurs, ils sont 75% à déclarer aller travailler avec plaisir. Et au cours des six derniers mois, le sujet du sens au travail a été abordé par près de 80% des salariés français dans leurs discussions. Ces échanges ont eu lieu pour moitié dans leur environnement professionnel.

 

Les valeurs et les critères

Pour la moitié des répondants, la quête de sens a guidé leur choix de métier, preuve du caractère décisif de cette notion. Cette proportion atteint 60% pour les plus de 50 ans et 65% pour les cadres dirigeants. Le métier contribue donc à la construction de sens dans une activité professionnelle. Parmi les autres critères, figurent l’activité réelle du quotidien (29%), les valeurs de l’organisation (26%) et le travail d’équipe (26%).

Pour aller plus loin, l’étude pose la question suivante : à quels moments le sens au travail est-il particulièrement présent ? Les principales réponses relèvent de cinq situations :

  • Apprendre de nouvelles choses pour un dossier spécifique (16%)
  • Transmettre ses compétences à ses collègues (14%)
  • Obtenir de la reconnaissance pour ses actions (14%)
  • Intervenir dans un conflit et contribuer à le résoudre (10%)
  • Comprendre ses erreurs grâce à un collègue (8%)

 

Une perte de sens

Si l’étude souligne à de nombreuses reprises le caractère majeur de la notion de sens au travail, elle met en exergue un résultat inquiétant : 55% des salariés estiment que le sens au travail s’est dégradé. Ajoutons que cette appréhension diffère selon l’âge. En effet, elle tombe à 35% pour les moins de 30 ans, passe à 52% pour ceux entre 30 et 40 ans et grimpe à 57% pour les plus de 40 ans. Avec un pic à 67% pour les personnes entre 45 et 50 ans.

Quelles raisons sont-elles mises le plus couramment en avant ? Le manque de reconnaissance pour 43% des sondés et le processus d’évaluation pour 40%. Par ailleurs, 80% des répondants affirment que performance et sens au travail sont liés.

Cette appréhension d’une détérioration du sens au travail est à prendre au sérieux. C’est peut-être le dernier avatar d’une série de notions ayant récemment émergé. Après le ‘’burn –out’’ (l’épuisement au travail), puis le ‘’bore-out‘’ (l’ennui permanent au bureau), est apparu le ‘’brow-out’’ (littéralement baisse de courant). Cette dernière notion se rapporte à des salariés ne comprenant plus leur travail.

 

Sens bien fléché ou voie sans issue ?

Les auteurs de l’étude insistent sur leur souhait principal : « ouvrir un débat sur ce qui fait sens au travail ». En corollaire, il s’agit aussi « d’en faire un objet de travail au sein des organisations ». S’il n’est pas question ici d’apporter des réponses, l’objectif est bien de proposer des espaces offrant aux salariés l’opportunité de se poser la question. C’est un impératif à l’heure où les entreprises doivent faire de plus en plus preuve d’agilité. Mais c’est aussi une gageure au vu de l’observation de la vie professionnelle actuelle. Les temps de pause sont rares, l’heure est à l’urgence, à la productivité, la rentabilité et l’efficacité de chaque instant. Aussi, pour (re)construire du sens, faut-il redonner du temps et de l’espace aux salariés sur un mode collectif. Leur laisser la liberté de définir le sens qu’ils souhaitent donner à leur travail.

Au final, tout le monde y gagnera. Le fonctionnement des collectifs s’améliorera. Plus encore, la performance des organisations gagnera en équilibre et en pérennité.

 

 

 

 * étude réalisée auprès d’un échantillon de plus de 2 000 personnes