S’il est largement admis que l’intelligence constitue un atout pour bien manager, la logique voudrait qu’un QI plus élevé soit synonyme d’un leadership de plus grande qualité. Or, une récente étude vient bousculer cette assertion en y apportant plusieurs bémols.

 

Dans une étude* publiée récemment, les chercheurs John Antonakis, Robert House et Dean Keith Simonton montrent un lien inattendu entre intelligence et leadership : le niveau de QI optimal d’un manager s’apprécie en fonction de l’intelligence moyenne de son équipe. Ils ont demandé à 379 dirigeants de sept firmes multinationales de passer un test pour mesurer leur QI. En parallèle, l’efficacité de ces leaders a été évaluée par des collaborateurs, des collègues et des hiérarchiques. Les résultats sont surprenants.

 

Une question d’équilibre

L’étude pointe une interaction naturelle entre intelligence et management… jusqu’à un certain point : les managers dont le QI est supérieur à la moyenne de la population**, c’est-à-dire avec un score entre 100 et 118, sont considérés comme de meilleurs leaders que ceux avec un faible QI. Mais pour ceux dont le QI dépasse 120, la tendance s’inverse. Au final, la principale découverte des chercheurs peut se résumer ainsi : le niveau de QI optimal d’un leader dépend de l’intelligence moyenne de son équipe. Un décalage trop important influence de manière négative la perception de l’efficacité du leader. En bref, un leader doit être suffisamment intelligent mais pas trop, et surtout pas surdoué. Il pourra ainsi conduire son équipe et damer le pion à ses opposants. S’il propose des solutions trop complexes ou une communication difficile à appréhender, il peut être perçu comme trop différent du groupe. L’étude suggère de tenir compte de tous ces facteurs pour prendre en compte le QI optimal pour le leadership. Elle souligne aussi l’importance de vérifier si le manager est focalisé sur les tâches ou sur le relationnel avec son équipe.

 

Des résultats à creuser ou à challenger

Avant de sauter trop rapidement aux conclusions, il faut souligner que l’étude se fonde sur la perception de l’attitude d’un leader par d’autres personnes de son entreprise et non sur des indicateurs objectifs de performance.  Un leader très intelligent (avec un QI supérieur à 120) à la tête d’une équipe au QI dans la moyenne est tout à fait apte à réussir ses missions. Il doit pour cela donner la priorité aux tâches à accomplir plutôt qu’aux besoins sociaux et émotionnels de son équipe. Si l’étude souligne la corrélation entre QI et leadership, elle soulève plusieurs interrogations sans forcément y répondre. Ainsi, faut-il avoir recours aux tests de QI lors du recrutement ou lors de l’identification de futurs managers avant leur promotion ? Quid des leaders surdoués qui semblent avoir toutes les qualités pour être performants aux postes axés sur les tâches ? Doit-on les écarter au prétexte que la perception de leur efficacité par leurs employés et leurs pairs risque d’être négative ?

Autant de questions qui montrent à quel point le sujet est loin d’avoir livré tous ses secrets.

 

 *Cf.  Antonakis, J., House, R. J., & Simonton, D. K. (2017). Journal of Applied Psychology. “Can super smart leaders suffer from too  much of a good thing? The curvilinear effect of intelligence on perceived leadership behavior”

** QI moyen : 100